Bénin: que nous révèle l'hymne national?

Dernière mise à jour : 20 juin 2020


Aube Nouvelle

Refrain

Enfants du Bénin, debout ! La liberté d'un cri sonore Chante aux premiers feux de l’aurore ; Enfants du Bénin, debout ! 1. Jadis à son appel, nos aïeux sans faiblesse Ont su avec courage, ardeur, pleins d'allégresse Livrer au prix du sang des combats éclatants. Accourez-vous aussi, bâtisseurs du présent, Plus forts dans l'unité, chaque jour à la tâche, Pour la postérité, construisez sans relâche ! 2. Quand partout souffle un vent de colère et de haine, Béninois, sois fier, et d'une âme sereine, Confiant dans l'avenir, regarde ton drapeau ! Dans le vert tu liras l'espoir du renouveau, De tes aïeux le rouge évoque le courage ; Des plus riches trésors le jaune est le présage. 3. Tes monts ensoleillés, tes palmiers, ta verdure, Cher Bénin, partout font ta vive parure. Ton sol offre à chacun la richesse des fruits. Bénin, désormais que tes fils tous unis D'un fraternel élan partagent l'espérance De te voir à jamais heureux dans l'abondance. Vocabulaire


Aurore : lueur qui précéde le lever du soleil Jadis : dans des temps anciens, reculés Postérité : générations à venir D’une âme sereine : agir de manière calme et sans agitation Renouveau : nouveau départ, renaissance Présage : signe annonciateur Mont : sommet, colline, montagne Verdure : paysage Parure : ornement, décoration


Commentaire général

L’Aube Nouvelle est un appel à un nouveau paradigme de vie. L’Aube étant le moment où le jour se lève, l’hymne caractérise le commencement d’un nouveau jour et d’une nouvelle ère. Au sens plus strict du terme on dira que l’aube est cette « clarté blanchâtre qui précède le jour naissant ». Ainsi, bien avant que le jour ne pointe le bout de son nez, l’aube passe en avant et le précède tel un nuage annonçant une pluie bienfaisante ou un griot accordant sa kora avant de chanter les louanges et le passé glorieux d’une famille. L’aube, c’est-à-dire ce signe précurseur d’un nouveau jour, revêt alors non seulement un caractère inédit mais surtout elle porte en elle une lueur d’espoir sinon d’espérance. Cette dernière étant d’ordre transcendantal, il apparaît alors évident que le surnaturel, l’invisible et l’occulte seront à mettre à profit dans cette nouvelle ère pour le bien-être et l’élévation de l’humanité.


L’Aube Nouvelle est adressée de façon personnelle et directe à tous les enfants du Bénin sans exception. Ceux-ci devraient se lever au « cri sonore » de la liberté qu’ils viennent d’acquérir. Il s’agit bien sûr de l’indépendance. En ce qui concerne le Bénin, il s’est libéré du joug colonial français le lundi 1er Août 1960 à 00h00. Cette indépendance « totale», gage de liberté, fût solennellement proclamée, d’un « cri sonore », par Hubert Maga qui devint ensuite le premier président de la république du Dahomey indépendant.


L’injonction qui leur est faite de se lever et de rester debout devrait être comprise dans un sens beaucoup plus imagé et multiforme. « Enfants du Bénin, debout ! » et non « assis ». S’asseoir étant dans ce contexte signe d’inaction, de paresse, de nonchalance. Ainsi donc, on ne peut marcher que lorsqu’on est debout et qu’on tient sur ses deux jambes. Dans une approche beaucoup plus restreinte, l’auteur invite les enfants du Bénin à rester éveillé.


Le cri de la liberté se faisant retentissant, il faudrait se lever pour y répondre. Tel un soldat sursautant au son de l’olifant. Mais il n’est pas question de guerre ici. Ou plutôt il n’en est plus question. Après de nombreuses années de combat contre les colons, les enfants du Bénin s’en étaient remis au sort en s’asseyant sur une pseudo-liberté. Il est maintenant temps de se lever.

Cet appel dans l’hymne national à rester debout devrait être plus que jamais présent dans les cœurs des béninoises et béninois. Il devrait les ramener à leurs valeurs intrinsèques de vie sociale, politique, économique et spirituelle. Spirituelle, car il est plus question d’un art de vie que d’une fade croyance en un rédempteur.


La première strophe de l’Aube Nouvelle rap­­­­pel­le qu’au cri de cette même liberté, « nos aïeuls » ont su se battre de toutes leurs forces et « au prix du sang ». Cette mention n’est pas faite au hasard. Car c’est au bout de l’ancienne corde que l’on tisse la nouvelle. De même l’importance des ancêtres dans la tradition n’est pas à nier. Leurs combats ont permis d’aboutir à notre présent. Au vu de leurs actes de bravoure, il revient aux béninoises et béninois de s’inscrire dans leurs sillons et faire de même. Ne pouvant être des bâtisseurs du présent sans être ou avoir été des visionnaires du passé, l’expérience de « nos aïeuls » devrait servir de base pour l’abnégation mutuelle au service de la postérité. Il faut « construire sans relâche ».


La deuxième strophe évoque un esprit de paix et de sérénité lorsque la violence et la guerre survient. Non adressée aux auteurs dudit « vent de colère et de haine », c’est plutôt un appel aux béninoises et béninois lambda à rester droit dans leurs bottes et à tirer leurs forces du drapeau qui est le leur. Le vert étant l’espoir, le rouge le courage et le jaune les « riches trésors ». Il faut noter une inversion faite dans la deuxième strophe de l’Aube Nouvelle en ce qui concerne les couleurs du drapeau. Le rouge précède le jaune contrairement à la disposition des couleurs sur les représentations du drapeau. Ce qui serait bien normal. Puisque que celui qui espère doit s’armer de courage afin de préserver et défendre les riches trésors laissés par les aïeux. Le courage ne devrait pas alors être relégué au dernier plan.


La troisième strophe met en valeurs les richesses du Bénin et sa beauté. Le Bénin a assez de richesses pour nourrir tous ses enfants. Encore que la nature du « chacun » n’est pas précisée. Il pourrait s’agir aussi bien des habitants du Bénin que de ceux qui le visite. Les fils du Bénin devraient à partir de ce jour d’indépendance s’unir afin de travailler à son éternelle abondance.

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